En secret / Under the Lilacs

En secret est un roman d’Arnaud Tiercelin qui traite avec délicatesse des troubles de l’adolescence, du deuil mais aussi du désir, de l’injustice et de tous ces sentiments passionnés qui font vibrer le cœur des adolescents de quatorze ans mais aussi de ceux qui se souviennent de cette période où le corps et l’âme sont sauvagement jetés à la mer.

L’histoire est celle de Léo qui, suite au décès de ses parents, revient dans la maison familiale dans laquelle il ne s’est pas rendu depuis dix ans. Il monte les escaliers à toute vitesse, comme avant, pour se rendre dans sa chambre. Et là, il se souvient de ses quatorze ans, de ses peurs, de ses colères, de ses amours et de son désir profond de devenir écrivain. Pétri de doutes, il hésite puis commence à écrire ce qui pourrait s’apparenter à une longue lettre à Cédric, cet être qui lui manque tant et dont on ignore tout au début du roman. Léo espère ainsi échapper à ces voix qui le hantent mais aussi à cette solitude et à ce sentiment d’incompréhension.

J’ai aidé à débarrasser la table, je suis allé me brosser les dents, j’ai ouvert le robinet, mis mes mains dessous, le filet d’eau dévalait entre les doigts, je me suis penché, j’ai passé ma tête sous le robinet, fermé les yeux. L’eau était gelée, elle coulait dans mon cou, mouillait mon col.

Mes larmes se sont mêlées à l’eau froide, ma mère derrière la porte a crié mon nom mais une partie de moi a refusé de répondre.
Celle qui avait quitté le navire.

Le d’Arnaud Tiercelin est sobre, sincère et nous plonge dans les méandres de l’adolescence de Léo timide mais désireux de s’ouvrir au monde, de devenir quelqu’un d’autre, quelqu’un qui aurait plus de charme, plus d’aplomb et qui séduirait cette Sophie que l’on trouve pourtant bien banale malgré ses beaux cheveux et son joli sourire. Notre regard d’adulte sûrement…

Le personnage de Léo est touchant et j’ai été particulièrement sensible à sa relation à l’écriture.

J’ai claqué la porte de ma chambre, bien fort. Bon, je t’avoue Cédric que j’en ai trop fait. Parce que ma mère, elle n’y était pour rien. Mais il y avait cette page blanche qui me narguait depuis le début de l’après-midi, qui prouvait que j’étais un nul. Que j’avais pris la mauvaise décision. Qu’écrivain n’était pas pour moi.

 
Je suis retourné à mon bureau, j’ai essuyé une larme qui était tombée pile sur la marge rouge, j’ai passé mon doigt dessus et le rouge s’est étendu. Et j’ai pensé à du sang.
 

Du sang, du rouge, une longue veine, la page vivante, je ne sais pas pourquoi.

Dans le fond, Léo est un adolescent comme les autres. Il claque la porte de sa chambre mais ce n’est pas pour mettre la musique à fond et fumer dans le dos de ses parents; c’est pour écrire, se construire à travers la peine, le manque et le sentiment d’injustice.
Et puis, le syndrome de la page blanche, ça fait claquer des portes et bien fort.
J’ai de nouveau eu quatorze ans, j’ai de nouveau eu envie de pleurer pour un rien, de griffonner sur mon agenda et je me suis souvenue de ce que c’était d’avoir un cœur débordant d’amour, de colère et de tous ces sentiments qui nous envahissent sans qu’on sache trop quoi en faire.

Les morts doivent comprendre que ce sont des béances qu’ils laissent en partant. Des puits sans fond.

Alors, j’ai fouillé dans ce puits et j’ai écrit.

Une citation d’Arnaud Cathrine que l’auteur admire, tirée de Mon démon s’appelle Martin clôture le roman : Pourquoi je te dis ça? Ca ne sert à rien, je sais. Mais ce soir, j’ai besoin de te dire quelque chose. Même n’importe quoi. Te dire que je t’en veux d’avoir fait ça. Te dire que je comprends sans rien comprendre. Te dire que je suis perdu.

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