S’échapper d’ici / UFR.

Une première de couverture sobre, fidèle au de l’école des loisirs, avec la représentation d’un labyrinthe en papier. Le labyrinthe, endroit mystérieux, allégorie de la contrainte et de la complexité. Le papier, symbole de la fragilité, mais aussi support d’écriture pour une lettre…

Une vieille lettre est acheminée par la poste avec plus de dix ans de retard, treize pour être exact, au domicile où vit une famille sans histoire. Elle est destinée à Clara Riss, nom de jeune fille de la mère de Gabriel,  jeune collégien de treize ans. C’est son père qui réceptionne le pli alors que Clara est au travail.  La lettre change totalement son comportement, son visage se fige, la sueur lui vient au front, sa gêne et son angoisse sont perceptibles. Gabriel comprend, quand son père dissimule l’enveloppe, qu’il ne doit pas en parler à sa mère, que ces choses là ne le regardent pas.  Plus les jours passent, plus  le père de famille, autrefois exemplaire, prend de la distance. Au soir, les repas sont silencieux, aucune attention n’est portée au jeune Gabriel, à ses journées passées au collège, entre professeurs détestables et Chloé, une bordelaise fraîchement arrivée et intéressée par le jeune protagoniste.  Le père passe du chef de famille heureux parmi les siens, celui qui danse sur des rythmes latinos, qui emmène son fils  au bazar de Charlie acheter de bons vinyls et des BD, qui projette des évasions familiales vers de meilleurs horizons, au père distant, froid, qui s’absente de plus en plus, qui traite Clara, sa ravissante épouse, comme sa bonne. Un homme silencieux. Pour Gaby, tout est la faute de cette « putain de lettre », cette « bouteille à la mer ». Il n’en peut plus de ce silence, de cette tension, de ce poids. Il aimerait être le sauveur qui rendra à sa famille le dialogue désormais rompu. Il décide de parler de la lettre à sa mère. Son père a décidé, presque au même moment, de la laisser sur la table pour que sa femme la lise. Il s’en va et laisse à son fils un journal lui expliquant les raisons de son départ… Gabriel s’enfuit du collège et va chercher son père dans toute la ville sans succès. Clara va à son tour chercher son mari qu’elle aime. Quand Gaby rentre de son escapade, personne n’est à la maison, il décide d’aller dormir chez ce bon vieux Charlie. Au petit matin, le père vient chercher son fils, ils rentrent à la maison. La gendarmerie leur annonce que Clara a été retrouvée dans la rue, qu’elle est à l’hôpital maintenant. Il est temps pour Gabriel de faire face à ce qui a tout déclenché, son père lui fait lire la fameuse lettre avant de rejoindre Clara chambre 213 et mettre fin à ces deux semaines cauchemardesques.

Un roman miroir dans la tradition de l’école des loisirs

Dans son œuvre, l’auteur aborde la question du silence, du manque de communication au sein de la famille, et toutes les conséquences de ce manque.  C’est un livre qui parle des faiblesses et des forces de la cellule familiale face à une crise de fond. Les événements forcent Gabriel à grandir ; il va devoir faire des choix pour sauver sa famille, faire preuve d’autonomie,  et  va effectuer ses premiers pas dans sa vie d’adulte. Il va connaître l’amour, l’attirance, la mélancolie mais aussi la colère, la tristesse et l’incompréhension. Tous ces sentiments complexes propres à l’âge adulte, Gabriel  devra apprendre à les gérer sur un fond de crise.

Sensibilisation autour d’un concept : La Famille

Pour les jeunes lecteurs, ce roman permet d’une part une personnification par un narrateur qui n’est autre que le jeune protagoniste de treize ans. Il vit ce que les lecteurs vivent, à savoir le quotidien d’un jeune collégien en phase de devenir adulte. Cette personnification est à l’origine d’une  sensibilisation à une autre situation familiale et sociale pour le lecteur ne connaissant pas ou pas encore ce genre  de problème. En effet, Gabriel est, au point de départ du récit, un collégien, comme eux, sans  histoire. A partir de ce qui arrive au protagoniste, le destinataire du roman peut penser qu’il n’est pas à l’abri d’événements l’amenant lui aussi à grandir presque malgré lui.  Pour ceux qui, en revanche, vivent actuellement ce genre de situation, ce livre peut être un objet de réconfort, la personnification étant encore plus forte. Le jeune lecteur se sent très proche de Gabriel.  Ce serait un moyen d’extérioriser et de mettre des mots sur sa situation parfois très difficile à vivre. Ce roman est surtout un moyen de sensibiliser les jeunes lecteurs  à la complexité et à la fragilité des relations humaines, du monde des adultes, et aussi d’essayer de montrer la diversité de conceptions autour de la notion de famille.

Un roman accessible

Les points négatifs de l’œuvre d’Arnaud Tiercelin sont peu nombreux. On remarque que l’auteur  a parfois du mal à adapter sa façon d’écrire en fonction  de la situation.  Un des six chapitres composant le livre est entièrement un journal laissé par le père à l’attention de Gabriel. Là on note que le d’écriture de l’auteur pour transcrire un écrit d’adulte reste exactement le même que celui qui était lorsque son fils de treize ans était le narrateur dans les autres chapitres. Certes ceci pourrait être un effet de montrant que le père écrit ce qui lui passe par l’esprit avec émotion, mais cet effet serait au détriment d’un confort de lecture. C’est au bout de quelques lignes qu’on réalise le changement de point de vue dans le récit.  Les jeunes personnages du récit sont très critiques envers le monde qui les entoure.

L’énorme point fort du livre est sans équivoque son accessibilité. Un roman d’une lecture très agréable et un récit qui accroche directement le jeune lecteur, souvent impatient, avec le sujet de l’intrigue, la lettre. Le d’écriture est totalement adapté aux destinataires de l’œuvre. Les phrases courtes, les expressions simples, le registre de langage courant voire parfois argotique donnent un rythme naturel au récit.  L’impression de se faire raconter l’histoire presque oralement par le narrateur en personne attise l’intérêt du lecteur. Il en relèverait presque du dialogue quand, me positionnant du point de vue d’un jeune lecteur encore au collège, je me surprenais à penser tellement fort des « moi aussi » quand Gabriel raconte ses mésaventures au collège. Il est évident que ce mode d’écriture est très adapté aux lecteurs à qui l’œuvre est destinée.

Des messages de fond traités sans prétention

Je conclurai en disant qu’Arnaud Tiercelin signe ici un roman dont il a le secret. Le secret étant une sorte de leit motiv dans les romans de l’auteur. Il sort ce deuxième livre après En secret sorti en mars 2009. S’échapper d’ici  est un roman sans prétention, avec un contraste entre la simplicité de la narration et la complexité des problèmes abordés. Des problèmes qui sont rendus plus accessibles par  un propre à l’auteur. Roman à conseiller pour tous les jeunes lecteurs de douze ans et plus souhaitant lire un récit plutôt réaliste, avec des messages de fond.

Jonathan DANICOURT Licence 1 HSI, UFR Langues et Cultures Antiques, Décembre 2009

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