Quelqu’un qu’on aime – Séverine Vidal

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Texte librement inspiré du roman de Séverine Vidal, publié chez Sarbacane.

Daddy,

Je suis bien arrivée. T’inquiète pas, tout se passe très bien. L’avion a atterri sans encombre. J’ai pris un taxi ensuite … Même pas fait de stop … Fais pas ta bouche pincée. Ça va, je te dis … Desserre les dents, souffle, parce que, ça te rend moins séduisant … Bon, Comme tu l’imagines, je reconnais rien. Les maisons, les rues. Tu m’as raconté tout ça cent fois, que je suis venue ici toute petite avec Luke, Antonia et Old Gary mais je suis désolée, je me rappelle de rien. Mais bon, tu me connais, c’est pas pour autant que je vais abandonner. C’est clair. C’est mal me connaître. Même toute seule et sans aide, je ferai le même parcours qu’il y a … seize ans. Tout revivre. Respirer cet air. Jusqu’au vieux Pat Boone.

Tu sais, je te l’ai jamais dit, et encore moins écrit, forcément, mais ça m’a forgé. Ce voyage. Si, si te marre pas. C’est vrai. Savoir que j’ai fait la moitié du pays alors que je savais même pas parler, je sais pas, ça m’a fait grandir plus vite. Tu comprends ?

Je sais pas quand tu recevras cette lettre en fait vu que je vais attendre un peu avant de la poster. Je vais attendre parce que d’abord je veux m’imprégner. De tout. Même du goudron sur les routes. Mais d’abord, il faut que je trouve le même van. La Vasse. Dans ce pays, on trouve tout. Je suis certaine que je peux trouver le même modèle.

Ce soir, je dois dormir chez Susan. Elle m’a dit au téléphone que vous lui manquiez tous. J’espère qu’elle aura des tonnes de photos à me montrer. Et qu’on boira un thé toutes les deux et qu’on discutera. Jusqu’au bout de la nuit. Jusqu’au petit jour.

Si ça trouve, la photo où on est tous ensemble, avec Luke et Antonia, elle l’a aussi ?

Tu sais ? Celle que j’ai accrochée dans ma chambre. Celle devant l’Eldorado, à Reno, quand on est tous face au soleil du Nevada. T’imagines même pas comme vous êtes beaux. Combien de rêves j’ai fait en la regardant cette photo … Combien de fois je me suis endormie avec cette image-là … Ce bonheur-là … Si rapide, si fugace, si … précieux …

Bon, il faut que je te laisse. Ne fais pas encore ta bouche pincée… Décidément, il faut que tu te détendes, toi ! J’ai dix-sept, mon daddy, tout va bien… Je t’appelle dans la semaine … Quand je conduirai La Vasse, moi aussi !

Après Reno, j’ai décidé de tout refaire. Le chemin d’Old Gary. À l’endroit. À l’envers. Peu importe. Avec du Pat Boone dans les oreilles. Ça a un peu vieilli comme chanson mais je crois que c’est ce dont j’ai besoin. Un truc carrément déconnecté pour moi me reconnecter. Cherche pas, je me comprends.,

Prends soin de toi comme tu as pris soin de moi, je t’aime.

Amber.

Arnaud Tiercelin © Tous droits réservés – 10.2015

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