Calée sur mon épaule

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Toujours avec moi. Elle ne me quitte pas. Elle me quitte jamais. On vit toutes les deux. On est pas des malheureuses. Non, on se tient chaud quand il fait froid. Et froid quand il fait chaud.

Dans le camping, la rumeur dit que je dors avec elle. Qu’il n’y a qu’elle qui veuille de moi, dans son lit. Tous des imbéciles, tous. Je les déteste. Tous. Jusqu’au dernier.

Moi, elle me sauve. Tu comprends, toi. Cette fichue carabine. Oui, étrange je sais mais on peut dire qu’elle m’a sauvée. Et plus d’une fois. Et pas que moi. Tu te souviens de Côme ? Dis, tu te rappelles de lui ?

Toujours avec moi. Elle ne me quitte pas. Elle ne m’a jamais quittée. Elle m’évite les mots en trop. Les discussions trop longues. Elle évite les pleurnicheries. Elle est bien pratique. Tout le monde devrait en avoir une, tu crois pas ?

Bon.

Ça fait combien de temps, maintenant ? Hein, combien d’années qu’on ne t’a pas vu au Tropical, Pëppo ? Tu permettes dans ici que je t’appelle « Mon Pëppo » ? Personne ne sera au courant. Personne, pas même ma carabine. Je l’ai rangée dans son étui pour t’écrire. Je voudrais pas qu’elle soit jalouse.

Dis, j’espère au moins que tu te la coules douce en Espagne. Je me souviens quand Côme a appris que vous étiez partis avec Marie-Lola. Comme ça, sans rien dire à personne. Je me souviens de sa tête. J’étais dans ma caravane. Je riais assise à ma table, la télé éteinte. J’en ai même repris du rhum que j’ai bien failli avaler de travers.

Avec elle, je suis tranquille. On me pose pas de questions. On me laisse. Mourir toute seule disent les mêmes imbéciles. Avec elle, pourtant, je vais t’ouvrir mon cœur.

Bon.

Te moque pas de moi, hein le piaf !

Aujourd’hui, la vieille pie a sorti son papier à lettres. Ça faisait un moment qu’il moisissait dans un coin. La dernière fois que je l’ai sorti, c’était pour écrire au maire pour qu’il interdise ces maudites mobylettes qui nous explosent les tympans. C’était il y a plus de huit ans, déjà. Et bien entendu, il n’a rien fait, cet incapable …

Voilà, je voulais t’écrire. Parce que je n’ai jamais réussi à te le dire pendant tout ce temps. Toutes ces années où tu courais devant chez moi. Où tu riais avec Max et l’Argentin et où il y avait tout le temps de la musique autour de toi. Tu es tellement solaire, tu sais ça ? Tu es tellement …

Une fois, j’ai tenté. Mais tu filais avec ta planche vers les vagues.

Donc, maintenant que tu es en Espagne. Maintenant, je voulais te dire. Déjà que Bibiche s’en sort à merveille avec le camping. Si tu la voyais. Aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau. C’est Henri qui accueille les touristes. Il a délaissé ses pantalons gris et a opté pour le short rouge à fleurs blanches. Ridicule je te l’accorde mais il passe pour un parfait surfeur.

Ah, les maudits touristes … Ils arrivent de partout, ces nigauds. Mais t’en fais pas. Dès qu’il y en a un qui rôde trop près de chez moi, je sors avec ma carabine bien calée sur mon épaule. Crois-moi, ça fonctionne à merveille.

Ils déguerpissent aussi sec. Comme des lézards.

Je voulais te dire, ensuite, que je suis fière d’avoir un petit fiston comme toi. Oui, voilà tu sais. Tu t’en doutais peut-être ? Je suis la mère de ton père. Voilà, ta grand-mère si tu préfères.

Tes parents n’ont jamais voulu que tu l’apprennes. C’était compliqué pour eux. Tu comprends, non ? Pour tout le monde, je suis dérangée. Une vraie folle. Ils avaient peur pour toi. Que des débiles s’en prennent à toi … Mais maintenant que tu es loin, ça n’a plus vraiment d’importance …

Bon.

On va pas chialer, hein ?

Bon.

Sache que, si tu reviens un jour voir ta vieille voisine, ta vieille carcasse, promis, elle voudra bien poser sa carabine et caler ta tête sur son épaule.

Mado

 

Texte librement inspiré du livre de Séverine Vidal.

© Arnaud Tiercelin – Tous droits réservés – 07 /2018.

 

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Dans le fond de mon sang, c’est elle.

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Texte librement inspiré du livre de Séverine Vidal, Constance Joly et Barroux.

Elle est là, elle est là. Partout.
La belle absente.
Regarde ! Elle me regarde.
Dans le fond de mon œil, elle est là.
Je la sens.
Pas la peine de respirer ailleurs.
Elle est là.
Et depuis tellement longtemps.
Comme gravée sur mes paupières.
Comme imprimée sur mes mains.
Comme le nez au milieu du visage,
Tout le monde la voit.
Regarde !

Et j’ai beau
Courir, nager, partir loin, sans jamais
Me retourner.
Toujours elle me fait
Face,
La belle absente.

Et j’ai tout fait !
Qu’on me croie.
Ah ça, oui,
Oui, j’ai tout fait.

J’ai commencé par boire
J’ai même tenté la noyade
Mais il faut croire que la vie
M’en veut encore.
Il faut croire qu’elle m’en veut
Plus que ça.

Elle ne m’abandonnera pas
Aussi
Facilement.
Elle est là, elle est partout.
Elle s’infiltre.
Elle guette.
Sous chaque fenêtre,
Sous chaque toit.
Comme prête à bondir,
Prête à serrer ma gorge.
M’empêchant de déglutir
M’empêchant de respirer.

Regarde !
Elle me regarde.
Et tu ne vois rien ?

Dans le fond de mon sang, c’est elle.
Pas la peine de respirer ailleurs.
C’est insupportable
Et pourtant,
Il va falloir vivre à deux
Et l’affronter,
Serrer les dents.

© Arnaud Tiercelin – Tous droits réservés – 07 /2016.

 

Ma Mona

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Texte librement inspiré du roman d’Alex Cousseau.

Mona est mon amie
Arrêtez de dire
N’importe quoi
Elle est là

Je sens son souffle
Quand elle pose sa tête
Sur mon ventre
Quand n rit dans le parc
Couchées sur l’herbe

Mona est dans mon ventre
Je sens sa tête
Elle est là
Quand on rit
Sur l’herbe
A dire
N’importe quoi
Couchées
A rire
Aux éclats

Mona est dans le parc
Mona est dans ma tête
Pour mes parents
Mona n’existe pas

Pour mes parents
Je dois avoir
De vrais amis
Je dois arrêter de parler
A Mona

Et pourtant
Elle est là
Quand je tourne la tête
Quand j’ai mal au ventre

Mon amie
Ma Mona
J’en perds mes mots
Encore un peu

Je ne veux pas
La perdre
Je veux encore ses yeux
Et puis aussi, sa voix.

© Arnaud Tiercelin – Tous droits réservés – 12/2015.

Une vie ou deux.

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Texte librement inspiré du roman d’Arnaud Cathrine.

Elle va venir, c’est obligé.
Elle ne peut pas partir comme ça.

Dans le train, avec Miguel, je suis là, à l’attendre.
Je bosse d’un œil et de l’autre, je guette sa venue.

La plus belle femme du monde ai-je dit.
On s’est moqué de moi.

Je sais bien, c’est une chose impossible, je sais bien la vérité.

Mais elle va venir, c’est toujours comme ça.
On attend, on regarde partout, on attend.
Et un jour où l’autre la patience finit par payer.
Elle entre dans le train et on peut la regarder.

Lui parler.

Aujourd’hui elle est montée et lorsqu’elle est descendue avec son ami, je les ai suivis.

Je l’ai retrouvée, je suis allé la voir. Provoquer la rencontre. Prendre les choses en main.

Elle est française, ne parle presque pas ma langue.

Moi c’est Tifas et j’habite ici, au Portugal.
Jusqu’à peu, il y avait Ruis, mon ami mais il est parti et c’est Miguel qui l’a remplacé.
Il a mon âge, ça m’énerve.

Je me concentre, je ferme les yeux, José conduit le train, me regarde de temps à autre, mort de rire l’enfoiré. Je le hais.

Je sais ce que je fais.
Ce n’est pas moi qui guide, ce sont les choses de la vie.
Celles qui parfois sont impossibles.

Si je regarde longtemps la mer, elle reviendra.
Elle, c’est Alix.
Elle m’a donné son nom.
Je n’ai pas eu besoin de l’écrire, il s’est aussitôt gravé sous ma peau.

Je sais bien, ça n’arrivera jamais, nous deux, je veux dire.
Elle dans mes bras et moi dans les siens.
Je sais bien la vérité.

Mais elle va venir, au moins ça, elle va entrer et me sourire, et tous les deux on partira.
Je pourrai quitter le train.

Elle va venir,
Allez, j’attends encore. Un vie ou deux.

Elle ne peut pas partir comme ça.

© Arnaud Tiercelin – Tous droits réservés – 11/2005.

Que j’envoie

oiseau

Texte librement inspiré du roman d’Anne Loyer.

Ma petite, ma toute douce,
Je sais bien ce que tu penses.
Non, ce n’est pas la peine de parler.
Non, pas la peine de crier.
Je la vois dans tes yeux.
Je la vois.
Ta colère.
Ma colombe.
Toute ta tristesse.

Un jour,
Tu as dit que j’étais un oiseau.
Que j’avais quitté le nid.
Alors que la nuit tombait.
Tu as dit des mots si durs.
Tu as dit alors que j’avais ma valise,
Dans les bras.
Moi, la coupable.

Ma petite, ma frimousse,
Je voudrais tant
Continuer à chanter pour toi.
M’endormir avec ta main
Dans ma main.

Je suis là, tu sais.
Partout.
Tout le temps.
Ne vois-tu pas,
Ma toute douce,
Tout l’amour que j’envoie ?
Comme il dégringole
Du ciel ?

Dis, tu le vois ?

Je voudrais tant,
La faire envoler ta tristesse.
L’envoyer à l’autre bout de la terre.
Non, pas la peine de crier.
Regarde, j’avoue. Je suis la coupable.

Non, pas la peine de me le dire encore.
Je sais.
Je suis un oiseau.
Jamais dans son nid.
Jamais à table.
Le matin, le midi.
Jamais là pour te servir.
Et t’écouter me dire ta vie.

Je sais, mon ange,
Jamais, quand la nuit tombe.
Jamais, quand tu chantes,
Quand tu ris.

Et pourtant,
Je suis là, tu sais.
Quand je passe tout près,
Je t’envoie des gouttes de pluie
Pour laver tes paupières.
Chatouiller tes mains.
Ne vois-tu pas,
Tout l’amour,
Comme il s’affole
Du ciel ?
Lève la tête, ça y est ?

Dis, tu me vois ?

© Arnaud Tiercelin – Tous droits réservés – 03/2016.