Dans le fond de mon sang, c’est elle.

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Texte librement inspiré du livre de Séverine Vidal, Constance Joly et Barroux.

Elle est là, elle est là. Partout.
La belle absente.
Regarde ! Elle me regarde.
Dans le fond de mon œil, elle est là.
Je la sens.
Pas la peine de respirer ailleurs.
Elle est là.
Et depuis tellement longtemps.
Comme gravée sur mes paupières.
Comme imprimée sur mes mains.
Comme le nez au milieu du visage,
Tout le monde la voit.
Regarde !

Et j’ai beau
Courir, nager, partir loin, sans jamais
Me retourner.
Toujours elle me fait
Face,
La belle absente.

Et j’ai tout fait !
Qu’on me croie.
Ah ça, oui,
Oui, j’ai tout fait.

J’ai commencé par boire
J’ai même tenté la noyade
Mais il faut croire que la vie
M’en veut encore.
Il faut croire qu’elle m’en veut
Plus que ça.

Elle ne m’abandonnera pas
Aussi
Facilement.
Elle est là, elle est partout.
Elle s’infiltre.
Elle guette.
Sous chaque fenêtre,
Sous chaque toit.
Comme prête à bondir,
Prête à serrer ma gorge.
M’empêchant de déglutir
M’empêchant de respirer.

Regarde !
Elle me regarde.
Et tu ne vois rien ?

Dans le fond de mon sang, c’est elle.
Pas la peine de respirer ailleurs.
C’est insupportable
Et pourtant,
Il va falloir vivre à deux
Et l’affronter,
Serrer les dents.

© Arnaud Tiercelin – Tous droits réservés – 07 /2016.

 

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Ma Mona

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Texte librement inspiré du roman d’Alex Cousseau.

Mona est mon amie
Arrêtez de dire
N’importe quoi
Elle est là

Je sens son souffle
Quand elle pose sa tête
Sur mon ventre
Quand n rit dans le parc
Couchées sur l’herbe

Mona est dans mon ventre
Je sens sa tête
Elle est là
Quand on rit
Sur l’herbe
A dire
N’importe quoi
Couchées
A rire
Aux éclats

Mona est dans le parc
Mona est dans ma tête
Pour mes parents
Mona n’existe pas

Pour mes parents
Je dois avoir
De vrais amis
Je dois arrêter de parler
A Mona

Et pourtant
Elle est là
Quand je tourne la tête
Quand j’ai mal au ventre

Mon amie
Ma Mona
J’en perds mes mots
Encore un peu

Je ne veux pas
La perdre
Je veux encore ses yeux
Et puis aussi, sa voix.

© Arnaud Tiercelin – Tous droits réservés – 12/2015.

Une vie ou deux.

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Texte librement inspiré du roman d’Arnaud Cathrine.

Elle va venir, c’est obligé.
Elle ne peut pas partir comme ça.

Dans le train, avec Miguel, je suis là, à l’attendre.
Je bosse d’un œil et de l’autre, je guette sa venue.

La plus belle femme du monde ai-je dit.
On s’est moqué de moi.

Je sais bien, c’est une chose impossible, je sais bien la vérité.

Mais elle va venir, c’est toujours comme ça.
On attend, on regarde partout, on attend.
Et un jour où l’autre la patience finit par payer.
Elle entre dans le train et on peut la regarder.

Lui parler.

Aujourd’hui elle est montée et lorsqu’elle est descendue avec son ami, je les ai suivis.

Je l’ai retrouvée, je suis allé la voir. Provoquer la rencontre. Prendre les choses en main.

Elle est française, ne parle presque pas ma langue.

Moi c’est Tifas et j’habite ici, au Portugal.
Jusqu’à peu, il y avait Ruis, mon ami mais il est parti et c’est Miguel qui l’a remplacé.
Il a mon âge, ça m’énerve.

Je me concentre, je ferme les yeux, José conduit le train, me regarde de temps à autre, mort de rire l’enfoiré. Je le hais.

Je sais ce que je fais.
Ce n’est pas moi qui guide, ce sont les choses de la vie.
Celles qui parfois sont impossibles.

Si je regarde longtemps la mer, elle reviendra.
Elle, c’est Alix.
Elle m’a donné son nom.
Je n’ai pas eu besoin de l’écrire, il s’est aussitôt gravé sous ma peau.

Je sais bien, ça n’arrivera jamais, nous deux, je veux dire.
Elle dans mes bras et moi dans les siens.
Je sais bien la vérité.

Mais elle va venir, au moins ça, elle va entrer et me sourire, et tous les deux on partira.
Je pourrai quitter le train.

Elle va venir,
Allez, j’attends encore. Un vie ou deux.

Elle ne peut pas partir comme ça.

© Arnaud Tiercelin – Tous droits réservés – 11/2005.

Que j’envoie

oiseau

Texte librement inspiré du roman d’Anne Loyer.

Ma petite, ma toute douce,
Je sais bien ce que tu penses.
Non, ce n’est pas la peine de parler.
Non, pas la peine de crier.
Je la vois dans tes yeux.
Je la vois.
Ta colère.
Ma colombe.
Toute ta tristesse.

Un jour,
Tu as dit que j’étais un oiseau.
Que j’avais quitté le nid.
Alors que la nuit tombait.
Tu as dit des mots si durs.
Tu as dit alors que j’avais ma valise,
Dans les bras.
Moi, la coupable.

Ma petite, ma frimousse,
Je voudrais tant
Continuer à chanter pour toi.
M’endormir avec ta main
Dans ma main.

Je suis là, tu sais.
Partout.
Tout le temps.
Ne vois-tu pas,
Ma toute douce,
Tout l’amour que j’envoie ?
Comme il dégringole
Du ciel ?

Dis, tu le vois ?

Je voudrais tant,
La faire envoler ta tristesse.
L’envoyer à l’autre bout de la terre.
Non, pas la peine de crier.
Regarde, j’avoue. Je suis la coupable.

Non, pas la peine de me le dire encore.
Je sais.
Je suis un oiseau.
Jamais dans son nid.
Jamais à table.
Le matin, le midi.
Jamais là pour te servir.
Et t’écouter me dire ta vie.

Je sais, mon ange,
Jamais, quand la nuit tombe.
Jamais, quand tu chantes,
Quand tu ris.

Et pourtant,
Je suis là, tu sais.
Quand je passe tout près,
Je t’envoie des gouttes de pluie
Pour laver tes paupières.
Chatouiller tes mains.
Ne vois-tu pas,
Tout l’amour,
Comme il s’affole
Du ciel ?
Lève la tête, ça y est ?

Dis, tu me vois ?

© Arnaud Tiercelin – Tous droits réservés – 03/2016.

Plus un jeu

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Texte librement inspiré du roman de Coline Pierré.

Il n’est pas question. Non, n’y comptez pas.

De jouer. De surjouer. De déjouer. De descendre.

Pas question d’aller sourire, d’aller lui sourire.

À cette Marina.

Ce n’est plus un jeu.

De toute façon, si je la croise,

C’est très simple : je lui arrache les yeux.

Parce que.

Tout ça.

C’est sa faute. C’est à cause d’elle.

Il ne fallait pas me chercher.

Maintenant, je vais disparaître.

Elle va devoir trouver quelqu’un d’autre.

Moi, je ne joue plus le jeu.

Moi, je reste dans ma bulle.

Et personne ne me trouvera jamais.

Mais vous savez,

Ce n’est pas grave. Plus vraiment.

Parce qu’on y est bien.

Ici. C’est parfait.

Dans ce duvet.

Au fond de ce placard.

A l’abri de la folle et du monde.

Comme le monde est loin.

Et comme on échappe à toutes les horreurs.

Tout est ouaté. Enveloppé. Apaisé.

Et la solitude fait parfois moins mal.

Un peu plus, et on s’y croirait.

Sur la putain d’île de ma mère.

Sur son île perdue, remplie de vent.

Son île, que nous, avec Bena,

Nous ne connaissons pas.

Ce n’est pas un jeu.

Avec Bena, nous n’avons plus envie de rire.

Nous n’y sommes plus.

Plus vraiment.

Dans les yeux de notre mère.

Alors je ferme les yeux

Et j’y crois presque.

Ça y est, j’y suis.

Dans son monde si froid.

Bena et moi,

On fait du feu,

On lance des signaux,

Mais ce n’est pas un jeu.

Les choses sont ainsi.

Notre mère regarde ailleurs.

C’est difficile mais c’est comme ça.

Avec Bena, nous n’existons pas.

Arnaud Tiercelin, le 9 mars 2016.